
Défense pour Nathan, Conseil de Discipline du 9 avril 2026
« Ne méprisez la sensibilité de personne
La sensibilité de chacun, c’est son génie »
C. Baudelaire
“Je représente l’humanité telle que ses maîtres l’ont faite. L’homme est un mutilé. Ce qu’on m’a fait, on l’a fait au genre humain. On lui a déformé le droit, la justice, la vérité, la raison, l’intelligence, comme à moi les yeux, les narines et les oreilles ; comme à moi, on lui a mis au cœur un cloaque de colère et de douleur, et sur la face un masque de contentement” Hugo – L’homme qui rit
« S’il n’est pas animé par la transcendance, le droit est une imposture ». « Ce n’est pas la règle qui nous garde, c’est nous qui gardons la règle ». « L’homme est la mesure de toute chose » PH MALAURIE
1. Sur les faits, Sur la dignité humaine et le droit et les règles
D’abord les faits :
Nathan est un enfant comme tous les enfants. Il a aujourd’hui 14 ans, vit avec sa mère et ses deux frère et sœur.
Il est scolarisé dans votre établissement depuis juin 2025.
Sur l’autorité
Mais la vie de Nathan mérite d’être citée, car très tôt il a été exposé à ce qu’on appelle l’autorité. Son père l’a kidnappé et tenu sous violences, loin de sa mere et sa famille. Pendant ce temps Nathan a reçu des violences inimaginables, des insultes de sa famille parentale des traitements qui ont porté atteinte à sa dignité, à sa vie et à sa santé. Alors qu’il n’avait que 4 ans.
Si mon fils n’a pas obéit à vos ordres, il n’a pas refusé l’autorité telle que vous la décrivez. Il a questionné une obéissance qui aurait porté atteinte à sa dignité.
Apprendre à un enfant qu’il peut réfléchir avant d’obéir, ce n’est pas un danger, c’est une protection.
Il a exprimé une limite, pas une menace.
Je préfère un enfant qui interroge le sens d’une consigne plutôt qu’un enfant qui obéit sans réfléchir, pas vous ?
Cette phrase montre un esprit critique, pas un comportement violent.
Savoir dire non à une consigne absurde est une compétence, pas un trouble. Cela me fait penser à Albert Camus et le procès de Meursault: Durant le procès, l’avocat de Meursault s’indigne : « Est-il accusé d’avoir enterré sa mère ou d’avoir tué un homme ? ». On observe alors que la justice semble faire erreur sur le fait jugé : Meursault n’est pas condamné pour ce qu’il a fait (un meurtre), mais pour ce qu’il est (insensible, même lors des funérailles de sa mère).
Mais vous comprendrez plus loin que Nathan est un enfant sensible, et sa sensibilité c’est son génie, alors ne le jugeons pas !
Sur le droit et les règles – Ph. MALAURIE
« Ce n’est pas la règle qui nous garde, c’est nous qui gardons la règle ». « L’homme est la mesure de toute chose »
« S’il n’est pas animé par la transcendance, le droit est une imposture ».
2. Sur l’instruction et l’éducation
L’éducation n’est pas uniquement rester assis sur une chaise 8 heures et écouter des informations qu’on connaît déjà, surtout de nos jours. Et qu’on rejeté parfois à cause de l’oppression. Et je donne ici l’exemple de cette langue que les jeunes avaient inventé pour ne pas se faire comprendre par les autres, le verlan. Mais aussi la volonté poétique de tant de poète révoltés contre l’oppression, contre la politique. Et le roi de la poésie, le damné de son temps, Arthur Rimbaud qui nous a laissé ses ouvres mais aussi son GRAND OUEVRE: il a quitté la littérature pour devenir trafiquant d’armes. Voyez-vous, mesdames, messieurs les jurés, madame la présidente ? Ce n’est pas une question d’intelligence. Ni de culture. Ni d’éducation. Ni d’instruction. Ni d’amour. Ni de moyens. Ni d’immigration. Mais une simple question de volonté. D’apprendre à choisir par soi même au moment du désenchantement. Et ce moment, vous le pressez pour arriver trop tôt dans la vie d’un enfant, comme un bourgeon que l’on ouvre pour voir sa fleur et qu’on le brise.
L’éducation c’est aussi remplir la gamelle à ses chats et leur donne des câlins. Les protéger en fermant la fenêtre. L’éducation c’est aussi sauver une abeille de la noyade, cueillir des pissenlits et les offrir à sa mère, planter un arbre et faire des ricochets dans l’eau. Se rouler dans le sable des plages du débarquement au mois de mars. Courir à toute allure pour regarder un papillon sortir de sa chrysalide. S’émerveiller quand un albatros, le prince des nuées, se rit d’un sandwich qu’il vole en volant. L’éducation c’est aussi ça et bien plus encore.
3. Sur l’exclusion collective
Les enfants sont encore innocents et croient encore que le monde est vertueux ou bon. Mais s’il était ainsi, on serait pas là, “au pain sec,dans le cabinet noir pour un crime quelconque et manquant aux devoirs.” V. Hugo
Nathan n’est pas le seul exclu de l’établissement, mais nous avec lui. Car s’il échu, nous avons tous échoué.
Cet échec n’est pas individuel mais collectif. Quand dans une chaîne on enlève un maillon, tous le système devient défaillant, voire inutilisable. Il ne fonctionne pas correctement. Donc, exclure Nathan n’est qu’une question de respect de quelques règles et des maintes indulgences qui ont toujours conduit le peuple à leur perte comme dit encore Victor Hugo.
4. Sur l’école identitaire
Ce n’est pas que la démocratie qui est devenue identitaire de nos jours mais aussi l’école. On cherche un bouc émissaire quand on a plus rien à reprocher, on cherche à remplir un vide avec l’invention des histoires. Alors que la réalité est évidente et la vérité facile à entendre. Mais pointer du doigt est plus à l’aise pour certains. Pourtant, N’oubliions pas : quand on pointe du doigt quelqu’un, 3 doigts sont tournés vers soi-même.
5. De la sociologie
Les sociologues ont toujours étaient fascinés par les exceptions, car Nathan en est une. Et dans leurs recherches, les exceptions ont un mentor, un guide qui leur permet de mieux choisir, de changer leur trajectoire.
Or, parmis vous, le jour où Nathan réussira sa vie, celui qui choisit d’être mentor et guide et maître, aura sa reconnaissance. Et elle fonctionne comme un rayon de soleil qui traversent les feuilles d’un arbre: arrivé sur le sol, il impacte tout l’écosystème.
Voyez-vous, vos intentions sont prévisibles et predictables, elles sont inscrites dans la philosophie, sociologie, la recherche sur la volonté humaine.
6.En conclusion
Mesdames, Messieurs les Jurés, Madame la Présidente,
Vous avez le pouvoir de changer la trajectoire d’un enfant. Et avec lui celle d’autres enfants. Car il est de notre devoir de protéger nos enfants et les personnes fragiles. Il est de notre devoir de mesurer la grandeur d’un homme qui est celle de sa capacité à tenir debout face à ce qui le met à genoux.
7. Sur la volonté poétique
Et pour conclure toujours avec Victor Hugo, l’homme est un mutilé de la société:
“Je représente l’humanité telle que ses maîtres l’ont faite. L’homme est un mutilé. Ce qu’on m’a fait, on l’a fait au genre humain. On lui a déformé le droit, la justice, la vérité, la raison, l’intelligence, comme à moi les yeux, les narines et les oreilles ; comme à moi, on lui a mis au cœur un cloaque de colère et de douleur, et sur la face un masque de contentement” Hugo – L’homme qui rit
Voyez-vous, messieurs, mesdames les jurés, Madame la Présidente, je vous ai parlé aujourd’hui le cœur sur la main mais aussi du cœur de ceux qui ont changé l’histoire de l’humanité. J’espère que l’un comme l’autre vous ont mis dans la paume de vos mains, quelques émotions. Car ces gens sont rares et deviennent de plus en plus introuvable de nos jours. Notre devoir est aussi celui-ci, de garder nos cœurs ouverts.
P.S. : Avant que la psychologie naisse, il y avait les métaphores, les poètes, les troubadours, les poètes et poétesses, les artistes et les philosophes. Expliquons à nos enfants que les métaphores servent à avoir une vie plus douce, à inspirer les autres à faire leurs propres choix, à défendre. Le monde change, l’autorité sans frontière n’existe plus. Nos enfants ont besoin de plus de douceur pour mieux faire leur propres choix. Et la littérature sait nous offrir le verbe pour créer des émotions et surtout le changement.
Pour aller plus loin :
