
Ce matin, j’ai passé 90 minutes en silence.
Est-ce que le silence suffit pour réduire le bruit extérieur ?
Je me suis assise confortablement.
Pas de téléphone.
Pas d’ordinateur.
Pas de musique.
Le soleil était loin de se lever.
J’ai fermé les yeux et pris une grande respiration.
Puis une autre.
Au début, il n’y avait rien à faire.
Juste rester là.
Respirer.
Et observer.
Et puis mon esprit est parti.
Un projet.
Un rendez-vous que je dois prendre.
Une idée de stratégie.
Mon agenda.
Une conversation.
Ce que je dois faire la semaine prochaine.
Une autre idée.
Et, sans aucune transition logique, qu’est-ce que je vais manger à midi, alors que le soleil dormait encore.
Je revenais au silence.
Quelques secondes.
Et c’était reparti.
En 90 minutes, sans quitter ma chaise, mon attention avait fait le tour du monde.
C’est là que j’ai compris quelque chose : nous parlons énormément des distractions extérieures.
Les notifications.
Instagram.
Les mails.
Les écrans.
Le travail.
Les sollicitations permanentes.
Les opinions des uns et des autres.
Alors que j’avais retiré tout ça.
Et pourtant… mon attention restait fragmentée.
Le silence ne l’avait pas réparée, il me l’avait simplement montrée.
Et je me suis dit : Voilà un muscle que je dois recommencer à muscler : mon attention.
Ce n’est d’ailleurs pas seulement une impression.
Les recherches sur l’attention décrivent cette capacité à maintenir volontairement son attention sur quelque chose malgré les distractions. Et les travaux sur la méditation montrent quelque chose que j’aime beaucoup : l’entraînement ne consiste pas à empêcher l’esprit de vagabonder.
Le cycle est plutôt :
Je me concentre.
Mon esprit part.
Je m’en rends compte.
Je reviens. Encore. Et encore. C’est peut-être ça, l’entraînement. (PubMed Central (PMC))
Une revue récente de 12 études portant sur 1 447 personnes retrouve d’ailleurs des effets positifs des pratiques méditatives sur l’attention soutenue, tout en appelant à rester prudent compte tenu des différences entre les études. (PubMed)
Alors, après mes 90 minutes, je n’ai pas écrit une nouvelle liste de quinze objectifs.
J’en ai choisi trois. Trois choses importantes auxquelles je veux donner mon attention ces prochains jours. Pas quinze, juste trois.
Et lorsque mon esprit voudra repartir faire le tour du monde, je pourrai peut-être simplement lui dire : Pas maintenant. Reviens ici.
Parce qu’au milieu de cette économie de l’attention, je commence à penser que l’une des choses les plus précieuses que nous puissions apprendre et transmettre à nos enfants n’est peut-être pas de faire davantage.
C’est de savoir où nous choisissons de poser notre attention.
La recherche distingue bien la capacité à maintenir le focus de la capacité à basculer entre tâches, et décrit l’attention comme un équilibre entre stabilité et flexibilité.
Pour aller plus loin :
Revue 2025 sur méditation et attention soutenue (PubMed) et revue systématique sur méditation et vagabondage mental : The impact of meditation on sustained attention in nonclinical population: An extensive review – PubMed
.https://lejournal.cnrs.fr/articles/la-meditation-agit-directement-sur-notre-stress
ET SURTOUT : ne lisez pas pour oublier demain. Lisez. Essayez. Faites. Appliquez.
Parce qu’on n’apprend pas vraiment en regardant le monde. On apprend en entrant dedans.
Moins de théorie qui s’accumule, plus d’éxpérience qui tranforment.
