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Pourquoi la littérature et la philosophie nous sont plus utile que la psychologie?
par CristinaJilaveanu | août 31, 2026 | Blog | 0 Commentaires

Défense pour Nathan, Conseil de Discipline du 9 avril 2026
« Ne méprisez la sensibilité de personne
La sensibilité de chacun, c’est son génie »
C. Baudelaire
“Je représente l’humanité telle que ses maîtres l’ont faite. L’homme est un mutilé. Ce qu’on m’a fait, on l’a fait au genre humain. On lui a déformé le droit, la justice, la vérité, la raison, l’intelligence, comme à moi les yeux, les narines et les oreilles ; comme à moi, on lui a mis au cœur un cloaque de colère et de douleur, et sur la face un masque de contentement” Hugo – L’homme qui rit
« S’il n’est pas animé par la transcendance, le droit est une imposture ». « Ce n’est pas la règle qui nous garde, c’est nous qui gardons la règle ». « L’homme est la mesure de toute chose » PH MALAURIE
1. Sur les faits, Sur la dignité humaine et le droit et les règles
D’abord les faits :
Nathan est un enfant comme tous les enfants. Il a aujourd’hui 14 ans, vit avec sa mère et ses deux frère et sœur.
Il est scolarisé dans votre établissement depuis juin 2025.
Sur l’autorité
Mais la vie de Nathan mérite d’être citée, car très tôt il a été exposé à ce qu’on appelle l’autorité. Son père l’a kidnappé et tenu sous violences, loin de sa mere et sa famille. Pendant ce temps Nathan a reçu des violences inimaginables, des insultes de sa famille parentale des traitements qui ont porté atteinte à sa dignité, à sa vie et à sa santé. Alors qu’il n’avait que 4 ans.
Si mon fils n’a pas obéit à vos ordres, il n’a pas refusé l’autorité telle que vous la décrivez. Il a questionné une obéissance qui aurait porté atteinte à sa dignité.
Apprendre à un enfant qu’il peut réfléchir avant d’obéir, ce n’est pas un danger, c’est une protection.
Il a exprimé une limite, pas une menace.
Je préfère un enfant qui interroge le sens d’une consigne plutôt qu’un enfant qui obéit sans réfléchir, pas vous ?
Cette phrase montre un esprit critique, pas un comportement violent.
Savoir dire non à une consigne absurde est une compétence, pas un trouble. Cela me fait penser à Albert Camus et le procès de Meursault: Durant le procès, l’avocat de Meursault s’indigne : « Est-il accusé d’avoir enterré sa mère ou d’avoir tué un homme ? ». On observe alors que la justice semble faire erreur sur le fait jugé : Meursault n’est pas condamné pour ce qu’il a fait (un meurtre), mais pour ce qu’il est (insensible, même lors des funérailles de sa mère).
Mais vous comprendrez plus loin que Nathan est un enfant sensible, et sa sensibilité c’est son génie, alors ne le jugeons pas !
Sur le droit et les règles – Ph. MALAURIE
« Ce n’est pas la règle qui nous garde, c’est nous qui gardons la règle ». « L’homme est la mesure de toute chose »
« S’il n’est pas animé par la transcendance, le droit est une imposture ».
2. Sur l’instruction et l’éducation
L’éducation n’est pas uniquement rester assis sur une chaise 8 heures et écouter des informations qu’on connaît déjà, surtout de nos jours. Et qu’on rejeté parfois à cause de l’oppression. Et je donne ici l’exemple de cette langue que les jeunes avaient inventé pour ne pas se faire comprendre par les autres, le verlan. Mais aussi la volonté poétique de tant de poète révoltés contre l’oppression, contre la politique. Et le roi de la poésie, le damné de son temps, Arthur Rimbaud qui nous a laissé ses ouvres mais aussi son GRAND OUEVRE: il a quitté la littérature pour devenir trafiquant d’armes. Voyez-vous, mesdames, messieurs les jurés, madame la présidente ? Ce n’est pas une question d’intelligence. Ni de culture. Ni d’éducation. Ni d’instruction. Ni d’amour. Ni de moyens. Ni d’immigration. Mais une simple question de volonté. D’apprendre à choisir par soi même au moment du désenchantement. Et ce moment, vous le pressez pour arriver trop tôt dans la vie d’un enfant, comme un bourgeon que l’on ouvre pour voir sa fleur et qu’on le brise.
L’éducation c’est aussi remplir la gamelle à ses chats et leur donne des câlins. Les protéger en fermant la fenêtre. L’éducation c’est aussi sauver une abeille de la noyade, cueillir des pissenlits et les offrir à sa mère, planter un arbre et faire des ricochets dans l’eau. Se rouler dans le sable des plages du débarquement au mois de mars. Courir à toute allure pour regarder un papillon sortir de sa chrysalide. S’émerveiller quand un albatros, le prince des nuées, se rit d’un sandwich qu’il vole en volant. L’éducation c’est aussi ça et bien plus encore.
3. Sur l’exclusion collective
Les enfants sont encore innocents et croient encore que le monde est vertueux ou bon. Mais s’il était ainsi, on serait pas là, “au pain sec,dans le cabinet noir pour un crime quelconque et manquant aux devoirs.” V. Hugo
Nathan n’est pas le seul exclu de l’établissement, mais nous avec lui. Car s’il échu, nous avons tous échoué.
Cet échec n’est pas individuel mais collectif. Quand dans une chaîne on enlève un maillon, tous le système devient défaillant, voire inutilisable. Il ne fonctionne pas correctement. Donc, exclure Nathan n’est qu’une question de respect de quelques règles et des maintes indulgences qui ont toujours conduit le peuple à leur perte comme dit encore Victor Hugo.
4. Sur l’école identitaire
Ce n’est pas que la démocratie qui est devenue identitaire de nos jours mais aussi l’école. On cherche un bouc émissaire quand on a plus rien à reprocher, on cherche à remplir un vide avec l’invention des histoires. Alors que la réalité est évidente et la vérité facile à entendre. Mais pointer du doigt est plus à l’aise pour certains. Pourtant, N’oubliions pas : quand on pointe du doigt quelqu’un, 3 doigts sont tournés vers soi-même.
5. De la sociologie
Les sociologues ont toujours étaient fascinés par les exceptions, car Nathan en est une. Et dans leurs recherches, les exceptions ont un mentor, un guide qui leur permet de mieux choisir, de changer leur trajectoire.
Or, parmis vous, le jour où Nathan réussira sa vie, celui qui choisit d’être mentor et guide et maître, aura sa reconnaissance. Et elle fonctionne comme un rayon de soleil qui traversent les feuilles d’un arbre: arrivé sur le sol, il impacte tout l’écosystème.
Voyez-vous, vos intentions sont prévisibles et predictables, elles sont inscrites dans la philosophie, sociologie, la recherche sur la volonté humaine.
6.En conclusion
Mesdames, Messieurs les Jurés, Madame la Présidente,
Vous avez le pouvoir de changer la trajectoire d’un enfant. Et avec lui celle d’autres enfants. Car il est de notre devoir de protéger nos enfants et les personnes fragiles. Il est de notre devoir de mesurer la grandeur d’un homme qui est celle de sa capacité à tenir debout face à ce qui le met à genoux.
7. Sur la volonté poétique
Et pour conclure toujours avec Victor Hugo, l’homme est un mutilé de la société:
“Je représente l’humanité telle que ses maîtres l’ont faite. L’homme est un mutilé. Ce qu’on m’a fait, on l’a fait au genre humain. On lui a déformé le droit, la justice, la vérité, la raison, l’intelligence, comme à moi les yeux, les narines et les oreilles ; comme à moi, on lui a mis au cœur un cloaque de colère et de douleur, et sur la face un masque de contentement” Hugo – L’homme qui rit
Voyez-vous, messieurs, mesdames les jurés, Madame la Présidente, je vous ai parlé aujourd’hui le cœur sur la main mais aussi du cœur de ceux qui ont changé l’histoire de l’humanité. J’espère que l’un comme l’autre vous ont mis dans la paume de vos mains, quelques émotions. Car ces gens sont rares et deviennent de plus en plus introuvable de nos jours. Notre devoir est aussi celui-ci, de garder nos cœurs ouverts.
P.S. : Avant que la psychologie naisse, il y avait les métaphores, les poètes, les troubadours, les poètes et poétesses, les artistes et les philosophes. Expliquons à nos enfants que les métaphores servent à avoir une vie plus douce, à inspirer les autres à faire leurs propres choix, à défendre. Le monde change, l’autorité sans frontière n’existe plus. Nos enfants ont besoin de plus de douceur pour mieux faire leur propres choix. Et la littérature sait nous offrir le verbe pour créer des émotions et surtout le changement.
Pour aller plus loin :
Une histoire de tondeuse – et si votre enfant n’avait pas un problème de compétences ?
par CristinaJilaveanu | août 28, 2026 | Blog | 0 Commentaires
La corde lui brûlait presque la paume. Il tira encore une fois, de toutes ses forces. Le moteur toussa, comme s’il allait enfin céder, puis retomba dans le silence. Le garçon resta quelques secondes immobile devant la tondeuse. Il avait déjà essayé plusieurs fois. Il avait vérifié le carburant, ouvert le bouchon, regardé à l’intérieur comme si quelque chose allait soudain lui apparaître. Il avait poussé la machine de quelques centimètres, touché les commandes, recommencé. Rien.
Au début, cela l’avait amusé. Puis agacé. Maintenant, quelque chose de plus désagréable commençait à monter en lui. Cette sensation particulière qui arrive lorsqu’on cesse de penser ça ne fonctionne pas et qu’on commence à penser je n’y arrive pas.
Il lâcha la corde et rentra dans la maison. “Papa ?” Son père leva les yeux. “Je ne peux pas démarrer la tondeuse.”
Il s’attendait à une question. Tu as mis de l’essence ? Tu as fait comme je t’ai montré ? Tu as vérifié ceci ? Mais son père ne demanda rien. Il le regarda simplement quelques secondes, se leva et lui dit d’une voix douce et entraînante : “Viens!”
Le garçon le suivit. Les pas de son père raisonnaient devant lui, lourds et réguliers dans l’escalier. Une marche, puis une autre. Ils ont traversé le hall, puis la cuisine. Il ne disait toujours rien, il avançait vers la tondeuse sans au moins regarder ailleurs. Arrivé devant la porte du jardin, il tourna la poignée et la lumière entra brusquement dans la pièce. Ils descendirent les quelques marches qui menaient à la pelouse. La tondeuse était là où le garçon l’avait abandonnée, elle attendait paisiblement, sans bruit ni fumée.
Le père s’en approcha et s’accroupit.
Le garçon pensait qu’il allait tirer sur la corde et que, comme par magie, le moteur démarrerait immédiatement. Il aurait presque préféré cette rapidité. Cela aurait confirmé quelque chose qu’il savait déjà : les pères savent faire des choses que les enfants ne savent pas encore faire et tout pouvait disparaître comme par magie. Ploufff ! Et en un claquement de doigts tout allait disparaître.
Mais il ne tira pas sur la corde.
Il regarda en se frottant la barbe.
Il ouvrit un clapet, passa les doigts le long d’un câble, en rebrancha un autre qui semblait mal fixé. Il vérifia l’huile. Se pencha davantage. Observa la lame. La fit tourner doucement. Nettoya la lame et les roues. Revint au moteur. Essaya une première fois.
Rien.
Le garçon le fixait des yeux.
Le père ne semblait ni surpris ni contrarié. Il s’accroupit de nouveau, comme si l’échec de cette première tentative venait simplement de lui donner une information supplémentaire. Il déplaça quelque chose d’invisible, se releva, saisit la poignée et tira une seconde fois.
Le moteur toussa, cracha, puis se mit soudain à rugir.
Le garçon sourit.
Son père, lui, ne célébra rien. Il laissa tourner la machine quelques secondes avant de couper le moteur. Le silence revint dans le jardin et un bruit aigu inonda les oreilles du garçon.
Puis le père posa sa main sur son épaule : « Tu vois, mon fils, tu n’avais pas un problème de compétences. »
Son fils le regardait sans comprendre : « Tu avais un problème à résoudre. »
Il retira sa main et remonta vers la maison, aussi déterminé.
Le garçon resta seul devant la tondeuse, les pieds bien ancrés dans l’herbe.
La tondeuse n’avait pas changé. C’était toujours cette vieille machine, avec sa poignée froide, son odeur d’essence et quelques brins d’herbe séchée collés sous le châssis. Pourtant, quelque chose avait changé.
Quelques minutes auparavant, devant cette même tondeuse, il s’était demandé : « Pourquoi est-ce que je n’y arrive pas ? »
Maintenant, une autre question lui venait : “Qu’est-ce que je n’ai pas encore essayé ?”
Il reprit la poignée par sa manche.
Des années plus tard, il aura oublié ce que son père avait rebranché ce jour-là, cette pièce invisible qui a à peine touchait de ses doigts. Il aura oublié quel clapet il avait ouvert et ce qu’il avait vérifié sous la machine. Mais il n’aura jamais oublié ses pas déterminés dans l’escalier, les yeux de son père rivés sur la tondeuse.
Ni sa voix après avoir résolu le problème: “Tu n’as pas un problème de compétences, mon fils, tu as juste un problème à résoudre.”
La méditation comme remède pour le vagabondage mental – Récupèrer son attention
par CristinaJilaveanu | août 28, 2026 | Blog | 0 Commentaires

Ce matin, j’ai passé 90 minutes en silence.
Est-ce que le silence suffit pour réduire le bruit extérieur ?
Je me suis assise confortablement.
Pas de téléphone.
Pas d’ordinateur.
Pas de musique.
Le soleil était loin de se lever.
J’ai fermé les yeux et pris une grande respiration.
Puis une autre.
Au début, il n’y avait rien à faire.
Juste rester là.
Respirer.
Et observer.
Et puis mon esprit est parti.
Un projet.
Un rendez-vous que je dois prendre.
Une idée de stratégie.
Mon agenda.
Une conversation.
Ce que je dois faire la semaine prochaine.
Une autre idée.
Et, sans aucune transition logique, qu’est-ce que je vais manger à midi, alors que le soleil dormait encore.
Je revenais au silence.
Quelques secondes.
Et c’était reparti.
En 90 minutes, sans quitter ma chaise, mon attention avait fait le tour du monde.
C’est là que j’ai compris quelque chose : nous parlons énormément des distractions extérieures.
Les notifications.
Instagram.
Les mails.
Les écrans.
Le travail.
Les sollicitations permanentes.
Les opinions des uns et des autres.
Alors que j’avais retiré tout ça.
Et pourtant… mon attention restait fragmentée.
Le silence ne l’avait pas réparée, il me l’avait simplement montrée.
Et je me suis dit : Voilà un muscle que je dois recommencer à muscler : mon attention.
Ce n’est d’ailleurs pas seulement une impression.
Les recherches sur l’attention décrivent cette capacité à maintenir volontairement son attention sur quelque chose malgré les distractions. Et les travaux sur la méditation montrent quelque chose que j’aime beaucoup : l’entraînement ne consiste pas à empêcher l’esprit de vagabonder.
Le cycle est plutôt :
Je me concentre.
Mon esprit part.
Je m’en rends compte.
Je reviens. Encore. Et encore. C’est peut-être ça, l’entraînement. (PubMed Central (PMC))
Une revue récente de 12 études portant sur 1 447 personnes retrouve d’ailleurs des effets positifs des pratiques méditatives sur l’attention soutenue, tout en appelant à rester prudent compte tenu des différences entre les études. (PubMed)
Alors, après mes 90 minutes, je n’ai pas écrit une nouvelle liste de quinze objectifs.
J’en ai choisi trois. Trois choses importantes auxquelles je veux donner mon attention ces prochains jours. Pas quinze, juste trois.
Et lorsque mon esprit voudra repartir faire le tour du monde, je pourrai peut-être simplement lui dire : Pas maintenant. Reviens ici.
Parce qu’au milieu de cette économie de l’attention, je commence à penser que l’une des choses les plus précieuses que nous puissions apprendre et transmettre à nos enfants n’est peut-être pas de faire davantage.
C’est de savoir où nous choisissons de poser notre attention.
La recherche distingue bien la capacité à maintenir le focus de la capacité à basculer entre tâches, et décrit l’attention comme un équilibre entre stabilité et flexibilité.
Pour aller plus loin :
Revue 2025 sur méditation et attention soutenue (PubMed) et revue systématique sur méditation et vagabondage mental : The impact of meditation on sustained attention in nonclinical population: An extensive review – PubMed
.https://lejournal.cnrs.fr/articles/la-meditation-agit-directement-sur-notre-stress
ET SURTOUT : ne lisez pas pour oublier demain. Lisez. Essayez. Faites. Appliquez.
Parce qu’on n’apprend pas vraiment en regardant le monde. On apprend en entrant dedans.
Moins de théorie qui s’accumule, plus d’éxpérience qui tranforment.
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