deux grandes familles d’Esprits
Il existe, à l’école comme dans la vie, deux grandes familles d’esprits.
Il y a ceux qui avancent dans les lignes tracées, qui apprennent selon les codes établis, qui construisent avec rigueur et méthode. Et puis il y a les autres. Ceux que l’on appelle parfois distraits, indisciplinés, ou simplement différents. Les artistes.
Les artistes aiment faire et défaire. Leurs questions déplacent, dérangent le statu quo. Ils n’aiment pas toujours faire comme on leur demande. Parfois même, ils semblent à côté de la plaque. Pourtant, ce sont souvent eux qui déplacent les frontières, qui inventent de nouveaux langages, qui transforment les systèmes éducatifs, culturels et sociaux.
Je me reconnais profondément dans ces êtres-là.
Entre destruction et creation
Mais ces personnes portent aussi une sensibilité particulière. Une sensibilité à la manipulation, aux glissements subtils du vocabulaire, à la transformation du langage lorsque celui-ci devient un outil du monde professionnel ou du pouvoir. Quel dommage, parfois, de ne pas rester dans la littérature, dans l’inspiration pure… Et pourtant, comme l’écrivait Victor Hugo, les mots peuvent aussi conduire les peuples à leur perte lorsqu’ils sont détournés.
Les artistes ont une autre particularité : ils détruisent parfois leurs propres œuvres. Ils créent avec passion, puis remettent tout en question, recommencent, transforment, abandonnent pour renaître ailleurs.
Un jour, ma fille, alors âgée de quinze ans, m’a dit :
« Ne t’inquiète pas maman, de toute façon, tu détruiras cette passion comme tu l’as fait avec toutes les autres. »
Sur le moment, ces mots ont résonné comme une évidence troublante. Avec le temps, j’ai compris que mes enfants m’avaient souvent enseigné autant que je pensais leur transmettre. J’ai grandi en même temps qu’eux. Ils ont été, sans le savoir, mes coachs, mes thérapeutes, mes mentors, mes guides.
l’acte creatif
Longtemps, je me suis demandé pourquoi.
Jusqu’au jour où j’ai compris que j’étais moi-même artiste.
L’écriture est un art. La littérature est un art. Poser ses doigts sur un clavier, sur un piano, sur une guitare… c’est déjà créer. L’art n’est pas une destination. L’art, c’est faire. Simplement faire.
Il n’existe ni perfection ni imperfection dans le geste créatif. Il n’existe que l’essai, la correction, l’évolution, la quête d’excellence. On peut viser la perfection, mais il serait illusoire de l’attendre comme un résultat figé dans une œuvre. Ce qui compte, c’est le chemin parcouru.
À quoi servirait d’être reconnu comme le plus grand peintre si l’on cache les trente années passées à chercher, douter, recommencer ?
Je pense à ces artistes obsédés par la compréhension du corps humain, étudiant durant des années les muscles, les lignes, les mouvements, jusqu’à transformer l’observation en poésie visuelle. Leur œuvre n’est pas seulement le résultat final. Elle est la trace visible de leur quête. Elle est inspiration pour les scientifiques, les peintres, les écrivains.
les artistes nous tendent des miroirs
Nous avons tous quelque chose à apprendre les uns des autres. Même, et surtout, de ceux qui ne nous ressemblent pas. Mais on nous a appris que ceux-là qui nous ressemblent pas ne peuvent pas faire partie de nos cercles.
Se fermer à la différence, c’est se priver d’un miroir inattendu. S’ouvrir à l’autre, c’est accepter d’être déplacé, enrichi, transformé, dérangé. Évoluer.
Et peut-être est-ce là, finalement, la plus belle œuvre que nous puissions créer : notre propre évolution ?
