Ma grand-mère a traversé les guerres, l’entre-deux-guerres, les manques, les bouleversements d’une époque dure. Elle n’a fréquenté l’école que quelques années, mais elle possédait une sagesse qui dépassait tout ce que j’ai pu apprendre plus tard dans les livres. Pour moi, elle n’était pas seulement un membre de ma famille. Elle était mon mentor.
Elle avait une manière très simple d’enseigner la réflexion et la responsabilité. Quand j’étais bouleversée ou que j’avais pris une décision trop vite, elle me disait toujours :
« Va dans la salle de bain, prends la bassine bleue, remplis-la d’eau froide. Ramène-la près du canapé, trempe tes pieds dedans et supporte le froid. Puis réfléchis. Réfléchis à ce que tu as dit, à ce que tu as fait, et à la décision que tu veux prendre. »
Elle me disait que la vraie réflexion ne venait pas immédiatement. Mais qu’elle arrivait après quelques minutes, quand le corps acceptait l’inconfort, quand l’esprit ralentissait. Et elle ajoutait que lorsque je ne sentirais plus mes pieds, c’est à ce moment-là que je pourrais choisir ma décision. Une décision assumée, réfléchie, qui m’appartiendrait vraiment. Et si la solution ne fonctionnait pas, il fallait recommencer l’exercice.
Ma grand-mère vivait tournée vers la vertu. Pour elle, chaque intention devait être réfléchie avant d’être mise en action. Et chaque action devait devenir un apprentissage. Elle croyait profondément que nos erreurs ne sont pas des échecs, mais des occasions d’ajuster notre manière d’être, pour prendre de meilleures décisions la fois suivante.
Elle insistait aussi sur une chose essentielle : réfléchir toujours à l’impact de nos actes sur les autres. Si une action pouvait blesser ou nuire, il fallait avoir le courage de la corriger pour tenter, au contraire, d’apporter quelque chose de positif.
Elle n’a jamais fréquenté les milieux intellectuels, politiques ou privilégiés. Pourtant, elle portait en elle une forme de lucidité rare, née simplement de son humanité et de son désir sincère de faire du bien autour d’elle.
Et aujourd’hui encore, quand je doute ou que je dois prendre une décision importante, je repense à cette bassine d’eau froide. Parce qu’elle m’a appris que la sagesse ne vient pas seulement du savoir, mais de la capacité à s’arrêter, ressentir, réfléchir… et rester profondément humain.
